samedi

Chapitre 2.4: 

On a tous un jour vu le ciel s'assombrir, se déchirer, imposer ses tourmentes au monde, assommant les êtres vivants de ses larmes et frappant la terre des foudres de sa colère...
Les yeux d'Akiro reflétaient parfaitement cette violence, la lueur disparut dans un léger grésillement alors que sa bouche s'entrouvrait d'étonnement et qu'il tombait à la renverse. Il n'avait jamais ressenti pareille chose, son âme avait semblé se briser en lui (au sens figuré de la chose) et un feu immatériel s'était mis à le dévorer de l'intérieur au moment où il perdait connaissance. La dernière chose qu'il vit c'était ce loup-garou au sang royal, l'arme dressée, pris lui aussi dans une tourmente intérieur, entouré du tissus déchiré de toutes pars de la tente qui voletait dans l'air de la nuit, finir son travail de mort et frapper d'un coup sec.
La dernière chose qu'il ressentit fut son épaule se déchirer, les chaires se séparer, libérant le flux précieux de la vie sous la forme du liquide rouge qu'était le sang, si chaud alors que lui devenait si froid.
La dernière chose qu'il entendit fut le hurlement sauvage de la bête qui l'avait frappé, un cri affreux, un cri de mort.
La dernière chose qu'il pensa fut simplement "Sakura".

***

L'orage continuait de répandre sa rage au fond des yeux du Chinois quand celui-ci les ouvrit, il était secoué en tous sens... On le portait. Ses mains se refermèrent sur une matière douce composée de multiples fils légèrement bouclés sur certains endroit, comme de la fourrure. C'était bien une fourrure, noire, celle du dos d'une créature qu'il aurait préféré n'avoir vu qu'en rêve. Le roi des Canins courait dans la clairière, longeant un large mont rocailleux, portant le garçon sur son épaule droite et le maintenant de la main du même coté tandis que l'autre pendait étrangement, comme s'il avait été blessé.
Ses pas rapides ne créait que de faibles crissements d'herbe dans le silence de la nuit, nul doute qu'il devait être bon chasseur. En glissant sa main sur le dos de son ravisseur, il sentit des endroits ou les poils étaient collés par quelque chose qui s'était solidifié par endroit...du sang, ou plutôt: son propre sang!
L'épaule d'Akiro était très profondément entaillée au point que la clavicule apparaissait au milieu du tissus humains, fendue avec netteté dans la continuité de la blessure.
Ayant senti cette main glisser sur lui, le loup s'arrêta subitement et jeta le garçon au sol avec rage contre la paroi de pierre. Le garçon tomba sur son flanc gauche et son dos cogna la roche avec violence mais sans causer de blessure, la douleur fut malgré tout présente, insoutenable!
Le Chinois se redressa avec peine pour se retrouver assis et voulu relever la tête, mais dès que son regard croisa celui du Canin, ce dernier le frappa de toutes ses forces au visage à l'aide de sa main mobile. Le loup grimaça au même moment où le poing griffu touchait sa cible.
"Humain débile! Hurla-t-il, les traits déformés par la rage, une écume de bave aux lèvres. Tu as cru que tu arriverais à te jouer de moi!? Et bien bravo! Mais maintenant tu vas souffrir comme jamais jusqu'à ce que tu relâches ton emprise, puis je te tuerai!"
Relâcher son emprise? Mais de quoi parlait-il? Akiro aurait-il réussi à utiliser les papillons malgré cet étrange accident dans lequel son âme avait éclatée..? Non c'était impossible... Si ce monstre était vraiment sous le charme, il n'agirait jamais de la sorte.
"Cesse de me dévisager!" beugla ce dernier en ponctuant sa phrase d'un nouveau coup mais à l'estomac cette fois, s'arrachant une nouvelle grimace et coupant le souffle de sa victime. 
Le garçon avait le visage tuméfié, son nez saignait en abondance tout comme son épaule et des bleus se formaient un peu partout sur son corps, s'il continuait à être malmené de la sorte, il allait mourir, et cette fois-ci c'était sûr.
"Pourquoi quand je te frappe je ressens la douleur que TU es sensé ressentir?! Mon épaule est comme détruite alors que c'est la tienne que j'ai tranchée, et je ne suis même pas blessé! Tout ça s'est produit quand tes yeux ont brillé, et le collier que je portais, sensé me protéger des maléfices a explosé... Explique-moi!" Hurla l'animal en secouant son collier duquel les rubis semblait en effet avoir éclaté.
Mais même si Akiro avait une explication rationnelle à fournir, il n'aurait jamais su la dire, son mutisme n'étant pas encore guéri, il ne pouvait même pas communiquer sa douleur, il pouvait juste rester là, abandonné au désespoir et à la souffrance. Il était désemparé.
Le roi des Canins frappa à nouveau le jeune homme au visage du dos de son poing, ce qui eut pour effet de faire cracher du sang à ce dernier alors que l'autre se crispait légèrement.
"Finissons-en." lâcha-t-il.
Il changea à nouveau le bracelet en la lance de cristal et posa la pointe contre la poitrine du Chinois, juste devant son cœur.
"Dis moi comment rompre ce sortilège."
Devant le silence qui fit réponse à sa demande, le loup appuya légèrement sur la lance, le bout s'enfonça légèrement et le vêtement de l'humain se teinta encore un peu plus de rouge.

"Je ne peux pas te tuer, car si je venais à le faire, qui sait si moi-même je ne viendrais pas à perdre la vie, mais je suis plus résistant que n'importe quel homme de ton espèce, et je sais comment Vous faire mal..."
Par à-coups il planta l'arme de plus en plus profondément, fermant les yeux dès que la douleur se formait dans sa propre poitrine animale, pendant qu'Akiro se laissait martyrisé, n'ayant plus la force de se battre ou même de regarder son ennemi. Il n'était plus que douleur, à la manière de la brulure que nous cause le froid, nous ne pouvons plus ressentir où se pose les notes glaciales de l'air, nous devenons le froid à notre tour, lui était devenu sa propre souffrance.
Voyant que son petit manège n'avait plus d'effet, le seigneur retira d'un coup sec son outil de torture et le dressa au dessus de lui.
"Très bien. Je vais finir de te couper le bras... Je ne ressens que ta douleur, la perte d'un membre ne devrait pas m'affecter."
La phrase percuta l'esprit du garçon aussi violemment que les poings du loup sur son corps, il ne pouvait pas en finir ainsi, pas de cette manière ni maintenant, il se devait de réagir, ne serait-ce que pour sa défunte petite sœur qui avait toujours espérer pour son réveil!
Lorsque le coup partit, il se laissa tomber sur le côté, tentative faible de s'échapper mais qui fonctionna! L'arme percuta la roche, la puissance fut telle qu'elle s'enfonça dans un des interstice de la montagne et s'y coinça...Akiro y vit son échappatoire, il se leva et s'enfuit à toute jambe.
Il entendit derrière lui que l'autre hurlait de rage et se démenait pour dégager l'arme qu'il avait coincée, et malgré sa faible vitesse il sentait avec bonheur qu'il s'éloignait progressivement de son cauchemar. Il ne savait pas où il allait, tous les arbres se ressemblaient, mais la montagne disparut vite et il s'enfonça dans le petit bois, passant sans le voir un amas de tissus et de corps ensanglantés qui fut autrefois le camp des Canins. L'arme devait vraiment être bien coincée car il n'entendait personne lui courir après, il réussit même à sortir du bois pour arriver finalement aux portes de la ville....fermées.
C'est là que ses espoirs prirent fin. Le roi Canin sortit à on tour de la clairière boisée, lance au poing, animé d'une fureur démente! Il se rua vers l'adolescent qui courut vers le ravin qu'il avait vu plus tôt ce jours-là et s'arrêta à un demi centimètre du bord. Son cœur battait la chamade, déversant encore plus de sang de ses plaies qui n'avait pas eu le temps de sécher, il avait mal de partout et sentait le monde tourner autour de lui... Il n'allait plus tenir bien longtemps. La bête haineuse, elle, s'était arrêtée en voyant que le danger était imminent pour sa survie et celle du garçon, qui toutes deux étaient semblerait-il liées à présent.
Un vent frais parcouru l'endroit, faisant voleter les poils du Canin en tous sens et faisant frissonner Akiro trempé de son sang, celui-ci fixait le roi avec intensité et détermination, son visage boursouflé par endroit ne pouvait attiser que la pitié et l'empathie chez les humains mais jamais cela n'aurait pu se faire avec le monstre qui se tenait face à lui. Il ouvrit la bouche, voulant cracher sa colère, sa frustration, sa douleur quant à l'impuissance dont il avait été victime depuis le début de sa vie, son coma, Sakura sa sœur, le bon Zarnar qui l'avait aidé et maintenant sa propre vie... Mais aucun son ne sortit, le destin ne le laissait même pas se soulager de toute cette peine avant la fin de son existence. A la place, ce furent des cristaux d'une pureté infinie qui tombèrent du ciel de ses yeux, dégageant les nuages, mettant fin à la tempête, apaisant le garçon qui s'effondra au sol, incapable de bouger ou même de penser, il ne voulait que pleurer et oublier.
La cruauté a aussi ses limites. Et devant ce spectacle pathétique, le roi Canin resta stupéfait... Non pas pour ces larmes d'enfant pleurnichard, ou pour la souffrance qu'il avait dû endurer depuis qu'ils s'étaient rencontré, mais plutôt pour ce qu'il avait vu dans ces yeux, il avait l'impression qu'un message venait de passer et que l'information, l'émotion, avait envahi son corps pour ne faire qu'un avec le garçon et son histoire. Désemparé, il tomba au sol et observa ce petit être fragile auquel il était lié. Que s'était-il produit en lui? Était-ce un autre effet du maléfice que lui avait jeté le garçon..? Cet humain, aussi pitoyable et détestable fut-il semblait tout autant victime de ce sort...et de bien d'autres malédictions. Le torturer ne servirait à rien, la solution devait être ailleurs et il lui fallait la trouver.... Seulement, qu'allait-il faire de ce gamin?


***

48 heures après la disparition d'Akiro.

"On n'aurait jamais dû le laisser partir seul!! Je savais qu'il ne s'en sortirait pas!" hurla Suzanne le visage ravagé par les larmes.
Allen restait muet, il n'avait jamais vu celle qu'il aimait se laisser emporter ainsi par ses sentiments.
Lucas réprimait du mieux qu'il pouvait un sourire carnassier et laissa tomber la sentence:

"Cela fait deux jours. On ne le retrouvera jamais. Akiro est mort. Je suis désolé."
La jeune femme fit volte-face vers lui, le rejoignit en deux enjambée et lui mis une claque comme jamais il n'aurait cru recevoir dans sa vie.
"Primo! Aucun médecin ne vit hors de la ville, mais des monstres sanguinaires, tu es donc le putain de responsable, un putain de meurtrier! Putain! Secundo! J'en ai parlé à Allen qui m'a conseillé de ne pas te découper le ventre pour te faire un serre-tête avec tes boyaux parce qu'on aurait besoin de toi, ce qui signifie que tu as un sursis, et qu'à la moindre incartade mon sabre te passera au fond des yeux... Tertio! Crois moi petite raclure, tu ne perds rien pour attendre!"
Lucas resta pantois face à la réaction de Suzanne et savait parfaitement que sans Allen pour maitriser le chien enragé qu'elle était, il serait surement déjà mort il y a deux jours. Son plan avait été imparfait, beaucoup trop imparfait, il avait perdu l'appui de ses équipiers et ça, c'était bien plus dangereux que de se coltiner un petit comateux. Leurs recherches pour retrouver le garçon asiatique avaient été infructueuses dans la clairière de la porte est vers laquelle il l'avait envoyé, il n'avaient trouvé qu'un campement en ruine et du sang, beaucoup de sang, mais pas le moindre corps.
"J'ai merdé et ensuite? Ce qui est fait est fait. Si on avait dû le protéger jusqu'au bout nous nous serions fait tuer... Il n'est pas capable de se défendre et il faudrait qu'il nous suive à l'extérieur alors que ça grouille de monstres?! C'était la mort assuré pour lui depuis le début. Maintenant nous devons nous serrer les coudes, car si nous n'arrivons pas à nous entendre alors autant nous mettre à mort tout de suite ce sera plus rapide."
L'adolescente le foudroya du regard en se rendant compte qu'une grande part de ce qu'il avait dit était sensé... Elle voulut malgré tout répliquer par orgueil mais leur dispute fut interrompue par un brouhaha venant de la porte, ils sortirent donc de la clairière pour aller voir ce qu'il pouvait bien se passer. Une foule immense était rassemblée à l'extérieur de la ville et on pouvait voir de soldats au masque blanc 'affairer à faire sortir les villageois, la majorité était apeurée, certains pleurait tandis que d'autres marmonnaient des prières. Les jeunes humains fendirent la foule en ignorant les regards noirs accusateur qui les ciblaient encore en tant que fautifs dans leurs malheurs.
Arrivé aux portes de la ville, Lucas interpella l'un des gardes pour savoir ce qu'il se passait, celui-ci lui répondit, non sans une remarque désagréable à propos de leur nature d'Ank'hi, qu'une créature appelée Canin aurait réussi à infiltrer la ville la nuit d'il y a deux jours avec un gamin sérieusement amoché sur le dos, et aurait séquestré un des médecins d'ici dans sa clinique pour le forcer à soigner le pauvre gosse, le monstre se serait ensuite pris à des villageois pour récupérer du matériel médical ou des denrée alimentaires, il ajouta que des rumeurs circulaient sur le fait que l'humain blessé serait un Ank'hi... Il n'en fallut pas plus à Suzanne pour bousculer le soldat et courir dans la ville, slalomant entre les autres villageois se dirigeant dans le sens inverse à elle, elle attrapa un soldat pour un répit de trois secondes, le temps de lui demander la route menant au médecin séquestré en le secouant comme un prunier, celui-ci n'osa pas cacher quoi que ce soit à cette folle qui allait lui arracher ses vêtements et lui indiqua la voie, elle repartit presque en volant, libérant le soldat masqué de son emprise, qui retomba au sol tout penaud.
La fatigue n'aurait pas de prise sur la jeune femme tant qu'elle n'aurait pas perdu tout ses espoirs, une énergie effroyable la propulsait dans les rues au point qu'on aurait cru qu'elle allait traverser un mur!
Elle arriva finalement au lieu indiqué, ouvrit la porte à la volée, fut accueillie par une lance qui glissa dans sa direction et qu'elle évita d'un prodigieux réflexe en se laissant rouler au sol, son corps rencontra deux jambes au poil noir et soyeux, bien que légèrement poussiéreux qu'elle fit basculer en arrière comme la boule de bowling renverse la quille. Ne prêtant pas plus attention que ça au loup-garou effaré qui la regardait bondir sur ses pieds et courir vers le lit de bois dans lequel était allongé un Akiro mal en point mais vivant, pour le serrer dans ses bras, attrapant instinctivement les zones non blessées du corps de l'enfant qui fut aussi surpris que celui qui l'avait mis dans cet état d'être réveillé par un tel élan de tendresse et d'affection. Devant tout cela, le roi animal ne sut très franchement que dire qui paraitrait sérieux dans un tel contexte, il ne put que grogner doucement et retourner s'asseoir à coté de la porte d'entrée qu'il referma d'un coup de sa lance en observant avec attention la jeune femme. Ce n'était pas sa mère, bien trop jeune pour cela... Sa sœur? Non, physiquement, ils étaient bien trop éloigné l'un de l'autre. L'humain était-il capable de tant de compassion qu'il aurait risqué sa vie pour un simple ami?
Suzanne avait enfoui son visage dans le cou du garçon pour étouffer ses propres pleurs, trempant les bandages neufs entourant des blessures à présent recousues de ses larmes, elle ne releva même pas la tête quand Allen et Lucas faillirent finir décapités par le loup en faisant à leur tour irruption dans la clinique. Le médecin qui se tenait à quelques mètres de là observait ces Ank'hi et ce foutu Canin parlementait entre eux, ce n'était décidément pas sa semaine...
Après ces retrouvailles pleines d'émotion, le roi se présenta de son prénom: Rey. Dans sa caste les rois ne portaient de nom que des titres honorifiques les glorifiants de leur grandeur et de leur puissance, c'était donc variable d'un Canin à un autre, de Majesté en passant par Votre Grandeur jusqu'à Maître. Il expliqua ensuite l'histoire de sa rencontre avec Akiro et du massacre de ses quelques sujets qui se trouvaient là. Lorsqu'il relata son altercation et la torture qu'il avait infligée au garçon, il vit une lueur mauvaise passer dans le regard de la seule présence féminine du groupe, qui disparut dès qu'il raconta ses efforts pour soigner au mieux le Chinois durant les deux derniers jours.
"Maintenant je ne sais ce que vous comptez faire de ce jeune humain, mais tant que je ne suis pas libéré de cette malédiction, je resterais avec lui. Si quelqu'un a quelque chose contre ça, je n'hésiterai pas à lui donner mes arguments les plus pointus..." conclua-t-il en caressant sa lance.
"Nous n'avons pas de réel but, notre mission est de survivre, c'est tout." répondit simplement Lucas.
"Moi ce qui m'intrigue c'est cette capacité qu'a Akiro, faire briller ses yeux pour ensuite..je ne sais pas trop comment le dire, peut-être lier quelqu'un à sa propre vie, je n'avais jamais entendu ça auparavant..." murmura Suzanne pensive.
Allen pensa que chez les humains de la Terre, il fallait faire briller les yeux de l'être aimé pour ensuite le lier à sa vie, et cette pensée le mena droit à la jeune femme face à lui.
"En fait...quand nous avons eu cette altercation avec le capitaine de la garde en entrant dans la ville, Akiro a accouru vers lui et ses yeux ont brillé cette fois là aussi, ce qui a eu pour effet de le calmer dans la seconde et de lui faire ranger les armes...étrange..." relata le fils Kahn.
Le jeune asiatique aurait voulu les éclairer sur la question mais sa bouche ne voulait toujours pas laisser sa voix sortir, alors il se contentait d’observer chacun avec attention... De toute manière, il sentait qu'il ne pourrait plus jamais se servir de ce pouvoir, aussi éphémère qu'un papillon, la magie était morte.
L'air changea subitement, parcourue d'une vibration étrange, tellement forte qu'on pouvait l'entendre vrombir... Après quelques instants d'interrogation, Lucas résolu le mystère en montrant son téléphone portable qui s'agitait fébrilement dans ses mains, on essayait de le contacter. Mais qui pouvait bien, à part eux, disposer d'un appareil de communication capable de le joindre? La réponse ne se fit pas attendre lorsqu'en ouvrant le message sans nom, ni expéditeur, une vidéo s'afficha à l'écran, révélant une visage fin, aux traits tiré par l'épuisement caché derrière une paire de lunettes carrées...
Lucas Kahn soupira en comprenant que, même mort, son père allait continuer de le hanter.
Réactions :

vendredi

Chapitre 2.5:

L'homme à l'écran semblait avoir vécu les moments les plus éprouvants de sa vie, malgré l'éclairage blafard de la pièce exiguë dans laquelle il s'était apparemment enfermée au vu du monticule de meubles bloquant la porte dans son dos. Des cernes noires qui soulignaient d'une façon affreuse et pathétique une paire d'yeux rougis, des rides d'inquiétudes creusées de part et d'autres d'un visage en sueur et une voix faible, étouffée, quasi suffocante.
"Bonjour les enfants. Je suis vraiment navré de vous avoir entrainé dans une galère pareille... J'ai l'impression d'avoir fait une grossière erreur, murmura-t-il après une quinte de toux sèche, vous êtes si jeunes, vous n’étiez même pas préparés, votre avis n'aura même pas compté lors de cette expérience..."
Le message n'était pas porteur de joie, la tension augmenta d'un cran dans le groupe des spectateurs qui s'assombrirent autant que le visage de Kahn dans son petit cagibi... Un instant de silence passa avant que l'homme ne reprenne la parole avec un soudain regain d'énergie.
"Quel idiot! Mes doutes ne doivent pas vous atteindre! Si je vous ai choisis c'est parce que vous étiez les mieux à même de remplir la mission que je vais vous transmettre. Les humains de notre monde ne sont pas dignes de confiance alors que vous...vous êtes encore pures! Même si des tensions risquent de s'installer entre vous, jamais vous ne baisserez les bras, j'en suis convaincu. D'autant plus que le sort de la Terre est entre vos mains! Les enfants...je suis desolé mais la Terre aura bel et bien explosé quand vous recevrez ce message, moi même je serais mort... Mais il reste un espoir. Mon objectif n'était pas réellement de repeupler ce nouveau monde dans lequel vous êtes de notre espèce ingrate, mais plutôt de nous offrir une seconde chance à tous!"
Lucas fronça les sourcils, son père était en plein délire! Il n'avait jamais été question de cette histoire de seconde chance et d'espoir... Il avait manigancé quelque chose dans son dos et il sentait que cela n'allait pas lui plaire, comme toujours.
"Ce monde est tellement riche...et je ne parle pas là d'argent ou de quelconque monnaie! Je veux dire que sa culture est un véritable trésor, les connaissances des habitants d'ici dépassent l'entendement! Les lois physiques et chimiques ne sont plus du tout les mêmes...il serait question d'âme et de tout un tas d'autres choses que je n'ai pas parfaitement eu le temps d'étudier. Il existe des choses tellement puissantes qu'elles en sont effrayantes, des choses inimaginables... C'est de cela dont je souhaite vous entretenir. Auparavant, un roi contrôlait tous les continent de cette planète, un tyran effroyable qui pourtant avait beaucoup aidé son peuple en lui apportant de nombreuses avancées technologiques, des richesses et des connaissances... Mais ce roi voulait une maîtrise parfaite sur son peuple, pouvoir décider de l'avenir de chaque habitant, de chaque vie, de chaque terre sans que l'on puisse émettre une quelconque objection. Il paraitrait qu'un jour il ait découvert comment parvenir à ses fins et aurait commencer son œuvre de 'déification' comme il l'appelait, aidé par quelques proches en tout genre. Malheureusement pour lui, ayant eu vent de ce qu'il se tramait, le peuple s'est rebellé et aurait récupéré les objets, les artefacts sensés servir au contrôle parfait et ils s'en seraient servis pour mettre fin au règne monarchique... Des rumeurs circulent selon quoi les artefacts auraient servis à maintenir en vie le roi et ses complices à jamais, mais pourtant personne ne les a jamais revus."
Suzanne bailla bruyamment pour montrer que les légendes et l'histoire des lieux ne l’intéressait guère. Les faits! Voilà où il faudrait en venir!
"Cette histoire n'est pas qu'une simple petite légende utile au tourisme, elle est réelle, et les artefacts aussi. On les appelle "artefacts du roi", je vous laisse deviner pourquoi. Ils auraient été placés en lieux sûrs par un petit groupe de personnes dignes de confiances qui, pour garder le secret, se seraient toutes empoisonnées, emportant avec eux l'emplacement des objets miraculeux. Si quelqu'un venait à rassembler ces artefacts, il arriverait à devenir aussi grand qu'un dieu... Voila ce qu'il est de votre mission: rassembler ces objets et, si vous avez ne serait-ce qu'une once de foi en l'humanité, faire que cette météorite n'ait jamais percuté la Terre."
Les adolescents s'entre-regardèrent avec incrédulité. Était-ce vraiment possible? Un miracle pareil pourrait tout changer! Non....on pourrait changer bien plus! En étant dieu, nous avons bien plus de privilège...tant de possibilités s'offrent à nous.
Une racine se planta dans la tête de chacun des membres du petit groupe, signe de la naissance d'un désir, d'un vœu, d'un but qui allait diriger le reste de leur pas en cet univers sans pour autant déjà le savoir.
"Je sais que vous saurez faire le bon choix malgré tout. Faites la part des choses. Trouvez ce qu'il vaut vraiment la peine d'être désiré et voulu. Et surtout..."
Une sonnerie stridente interrompit le père de Lucas qui sursauta en tombant presque de sa chaise à roulette qui glissa jusqu'aux meubles agglutinés contre la porte.
"Mon dieu! Nous avons peu de temps à présent! Un garde va entrer dans la maison dans laquelle vous vous trouvez, vous n'aurez pas le choix que de l’assommer, et Lucas je t'interdis de lui tirer dessus! Ensuite vous filerez vers la porte qui mène à l'ancien campement de Rey, avec un peu de chance, aucun autre garde ne vous remarquera. Ensuite vous devrez retrouver l'autre garçon, celui à l'épée à deux lames, il a deux des premiers artefacts, il vous les donnera si vous vous montrez courtois. Akiro, prends garde à ne plus utiliser ton pouvoir, il serait néfaste pour toi et le roi des Canins. Suzanne, je te souhaite bon courage, ce que tu vas affronter sera très difficile mais tu le surmonteras comme toutes les autres épreuves qui t'attendent, prends soin de notre ami asiatique. Bonne chance à tous!"
Ces dernières paroles s'étaient écoulées en accéléré, le scientifique n'avait pas pris la peine de respirer pour parler et l'information avait été si rapide que les jeunes gens étaient encore le regard rivé sur l'écran du téléphone devenu noir à présent. Si Kahn était mort alors comment avait-il pu savoir pour Rey? Et pour le pouvoir d'Akiro? Il avait aussi annoncé qu'un garde allait entrer mais...prévoir l'avenir ainsi est impossible.
Pourtant ce monde est, comme l'a expliqué avec passion le père de Lucas, gorgé de mystères, de sciences inexplicable pour eux, de logiques différentes et de lois naturelles hors de portées pour la Terre... Ce qui se confirma lorsque la porte s'ouvrit à la volée, sur un homme masqué, un garde de la ville.
Akiro ouvrit des yeux terrifiés en désignant, surexcité, l'intrus qui venait d'apparaitre, son adrénaline se transmis instantanément au roi des Canin qui saisit sa lance et frappa de plein fouet la tempe du pauvre homme qui s'effondra alors qu'au fond de la pièce, le médecin qui s'était réfugié dans son mutisme depuis l'arrivée des adolescents, cria à plein poumons, appelant vainement de l'aide.
"Ce type dans la boite avait raison, grogna le Canin en désignant le portable de Lucas, il faut qu'on parte d'ici au plus vite!"
Ni une, ni deux, il attrapa Akiro comme s'il c'eût agit d'un sac de patates, changea sa lance en bracelet et partit au pas de course, suivit par le reste de la bande qui avaient eux aussi rengainé leurs armes.
La ville était désertique, comment un seul être pouvait-il causer une panique pareille?! Aussi grand pouvait être ce roi, sa force ne devait pas dépasser celle des gardes... Où alors sa puissance ne se contentait pas d'être physique...
Aucun homme sur leur route, c'était bon signe. Ils continuèrent leur avancée jusqu'à la porte salvatrice qui les mènerait à la liberté... Pourtant un problème se posa. Les humains avaient totalement oublié la masse populaire qui s'était formée à l'entrée, le Canin ne passerait jamais inaperçu au dehors! Et puis il y avait peut-être des gardes, que feraient-ils?!
Lucas rattrapa Rey et se mit en tête de file, il avait l'air confiant et sûr de lui, ce qui rassura le reste du groupe qui suivit sans broncher.
Arrivé à la porte, le brouhaha ambiant qui leur envahissait la tête se mua en un silence glacial de peur, les premiers badauds avaient vu le monstre loup approcher vers eux et l'information avait circulée en moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire. Le manieur d'armes à feu leva son Luger qu'il avait préalablement rechargé et tira en l'air sans s'arrêter de courir. Ce fut le parfait déclencheur qui fit que la foule laissa libre cours à sa terreur, on aurait cru que c'était la fin du monde, une anarchie totale de piétinements de tous cotés, de hurlements stridents, de bousculades à l'aveugle pour se tenir le plus loin possible du groupe qui passait mais surtout du Canin... Quand la bête monstrueuse disparut dans la clairière, le chaos ne cessa pas et les gardes de la ville eurent le plus grand mal à maîtriser l'hystérie.
Les Ank'hi n'apportaient vraiment que des malheurs, pas étonnant qu'ils se soient alliés avec ce salopard de Canin!


                                                          ***

Non loin de cette civilisation apeurée, bien après la clairière anciennement assiégée par le peuple des Canins, au bord d'une longue rivière claire et pure surmontée d'une magnifique cascade au reflets irisés par le soleil couchant, se reposait tranquillement un jeune garçon aux cheveux noirs. A ses cotés, une lourde armure japonaise semblait trainer là, abandonnée ou juste laissée de coté par son porteur qui était peut-être cet adolescent.
"Je me demande ce qui est arrivé à ce garçon aux yeux brillants... Il m'a sauvé la vie et je n'ai pas pu rattraper ce sale cabot qui l'a enlevé sous mes yeux. Je ne comprends même pas pourquoi il a préféré le gamin à sa couronne. J'ai dû manquer quelque chose."
L'armure immobile s'anima tout à coup pour répondre à son compagnon.
"Ne te torture pas avec cela. Tu as un travail plus important à faire qui pourrait sauver bien plus qu'une seule vie. Il est impossible de sauver tout le monde."
Gabriel resta silencieux, il jouait de sa main droite avec l'objet si précieux qu'il avait subtilisé aux Canins, une couronne si belle, si finement ouvragée, sans aucun réel intérêt pour lui à part ce qu'elle avait en elle et qui se trouvait maintenant en lui... Pourquoi les artefacts du roi étaient-ils tous des couronnes? Y avait-il un message symbolique derrière tout cela? Que faisait-elle aux mains d'un roi inconscient du pouvoir immense qu'il maintenait sur son crâne?
Tellement de questions et si peu de réponses. Sa mission était plus importante que la réflexion, bien sûr, mais le garçon sentait que cela allait plus loin que ce que l'on lui avait dis, et qu'en découvrant la vérité cachée dans les artefacts il aurait la véritable solutions à tous les problèmes, ceux des deux mondes.
"Sauver tout le monde..." murmura Gabriel sans savoir que l'armure pensait les même mots au moment précis où il les prononçait.
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jeudi

Chapitre 2.6: 

Le souffle court, haletant, le groupe courait toujours, s'enfonçant de plus en plus loin dans l'espace boisé que formait la zone dans laquelle ils s'étaient engouffrés... Sans même regarder vers où ils fuyaient, les jeunes gens ne pensaient qu'à leur survie, se noyant dans l'inconnue qui les éloigneraient, l’espéraient-ils, le plus possible de ces humains si peu enclins à leur exotisme terrestre. Il fallait l'avouer, ils n'étaient pas vraiment les seuls à être craints, il en était de même pour Rey qui provoquait un vent de panique terrible au centre de ces êtres, on pourrait aller jusqu'à croire que cette créature mi-humaine mi-loup cacherait une puissance phénoménale tant la crainte qu'il inspire est phénoménale.
Akiro, toujours aussi silencieux, laissait son visage se changer à son aise sur la rythmique douloureuse des pas de son protecteur inattentionné le portant toujours sur son épaule et dont les mouvements appuyait sur les blessures du pauvre garçon qui n'était toujours pas remis. Mais aucun gémissement ne sortirait de sa bouche, il ne voulait aucunement entraver davantage le groupe qu'il ralentissait suffisamment, il se contentait de tourner son esprit vers un autre point sur lequel se concentrer.... Comme par exemple, pourquoi le Canin l'avait-il aidé? Et pourquoi décidait-il de suivre ses camarades plutôt qu'une route plus personnelle..? Mais surtout, il se demandait quelle était cette chose qui s'était ouverte en lui. Comme si malgré la disparition quasi totale de son pouvoir, que le père de Lucas lui avait formellement interdit de réutiliser, il subsistait un petit papillon dont les battements d'ailes le faisait frissonner quand son regard croisait celui du monstre qui le séquestrait. Cet animal cruel avait les yeux parfaits d'un tueur, vifs, attentifs et d'une bleu pâle profond comme celui qui ressort parfois de la glace, c'était exactement cela, deux icebergs faits de glace éternelle... Mais son cœur était-il aussi froid? Soudain la glace transperça le ciel, le regard des deux ennemis se croisèrent et le Chinois rougit en remarquant qu'il dévisageait le loup depuis un bon moment, faisant se tordre son corps pour l'obliger à pouvoir voir le visage de la bête ce qui affectait celle-ci dans sa course.
"Cesse de te tortiller comme ça! Je n'ai pas le droit de te lâcher, je te rappelle que ta vie est peut-être liée à la mienne." grogna-t-il en fixant à nouveau devant lui pour éviter les arbres couverts de mousse qui se dressaient sur sa lancée.
Cette situation aussi laissait le jeune adolescent perplexe, que s'était-il passé avec son pouvoir? Rey avait dit que son collier devait le protéger des maléfices, et on aurait dit qu'il avait littéralement éclaté, le pouvoir d'Akiro avait peut-être été dévié, ce qui avait dû les lier tous les deux d'une manière ou d'une autre. Tant que cette situation durerait il serait de toute manière protégé d'une possible mort causée par le roi, mais il ne serait surement pas protégé de ses coups.
Lucas courait en tête, arme au poing en cas d'attaque d'une quelconque créature, il lui suffirait d'un seul tir bien placé pour abattre sa cible, prenant son statut de leader très au sérieux, il ne devait perdre aucun membre de son équipe sur ce coup ci: Susan et Allen sont d'excellents combattants, en perdre un serait perdre un combattant et rendre le deuxième complètement perdu, ils forment un tout même s'ils refuseraient sûrement de l'admettre, quant à Akiro, ils n'étaient plus question de l'abandonner, pas seulement à cause de la menace de la jeune femme du groupe mais surtout pour le lien qu'il avait établi avec le roi des Canins, combattant surpuissant et haut placé dans la hiérarchie sociale, c'est un atout qu'il devait garder à tout prix! Il fronça les sourcils en repensant au message laissé par son père, ainsi donc il avait un autre plan prévu que celui qu'ils avaient mis en place tous les deux, tout avait été planifié y compris les sois disant erreurs avec la sœur du Chinois... Même Rey avait été intégré au plan mais ceci...c'était tout bonnement impossible, comment pouvait-on prévoir un évènement futur totalement aléatoire? Son père ne pouvait être encore en vie et les observer, il l'avait abattu de ses propres mains, il avait enterré son cadavre devenu froid et raide dans la forêt jouxtant l'abri. Il devait donc soit s'agir d'un complice du scientifique soit la vidéo avait été programmée pour être envoyée à cet instant précis pour les aider, si on considérait que connaitre l'avenir était possible.
Le manieur d'armes à feu fut tiré de ses pensées quand le paysage autour de lui s'éclaircit et qu'un cours d'eau claire lui fit face avec en arrière plan le son d'une cascade toute proche, puissante et rassurante à la fois.
Allen et Susan rejoignirent le meneur, l'interrogeant du regard sur la suite à prendre, ce à quoi il répondit en haussant des épaules tout en regardant autour de lui après un indice sur la meilleure direction à choisir.
"L'homme aux lunettes nous a dit de retrouver le gamin qui a tué les membres de mon clan, celui aux deux lames, pour lui prendre les artefacts... Je suis parfaitement d'accord avec ça, j'ai un petit différend à régler." lança Rey aux autres en déposant doucement son protégé au sol sans lui jeter un seul regard.
"Je sais ce que mon père a dit! Va donc retrouver quelqu'un dans ce monde... On ne sait même pas où il est parti!" Lui répondit sèchement le meneur en secouant la tête.
Contrairement à ce que craignais Akiro, le loup afficha un grand sourire arrogant et expliqua que son peuple n'était pas doué pour l'assassinat uniquement pour leurs capacités extraordinaires au combat mais aussi pour leur odorat hors du commun, merveilleux atout lorsqu'il s'agissait de pister une proie...et l'odeur du gamin était bien imprimée dans l'esprit de la bête qui n'hésiterait pas à donner un coup de main pour cette fois.
Toutefois, avant de reprendre la route, chacun alla se rafraichir au cours d'eau, profitant de l'eau qui semblait bien pure pour remplir des gourdes que Lucas avait acheté à leur premier jour en ville et qui remplissait déjà fort bien leur fonction! En ce qui concernait la nourriture, les jeunes gens n'avaient pas pris le temps de s'en occuper lorsqu'Akiro avait disparu et il faudrait penser à combler ce manque dès que possible pour ne pas mourir de faim sur la route, ce qui fit rire le roi qui expliqua sans aucune modestie que lui et ses compagnons pouvaient tenir des semaines sans rien manger et sans jamais faiblir, une qualité supplémentaire que Lucas s'empressa de noter dans son esprit alors que les autres écoutaient, admiratifs et envieux de ce que leur nature humaine ne pouvait leur offrir. Mais Suzanne tint tout de même à préciser que le Chinois était aussi un humain et qu'il avait montré être doté d'un pouvoir que personne ici ne pouvait prétendre avoir, ce qui lui valut son quota d’intérêt de la journée et aussi un regard noir de Rey, frustré de la perte de l'attention de son auditoire.

Après s'être reposé un instant, la petite équipe reprit la route avec Rey en tête, Akiro sur son épaule, pour suivre la trace de Gabriel qui s'était lui aussi arrêté là, avait assuré le Canin aidé par son subtil odorat. L'avancée se fit malgré tout plus lente car leur cible s'était elle aussi décrassée et son odeur était devenue moins perceptible, et elle devait bien avoir une heure d'avance sur eux, ce qui avait laissé le temps au vent pour disperser le parfum à suivre. Malgré tout, le roi sut se montrer à la hauteur de ses propres dires et guida les autres jusqu'au flan d'une haute montagne de calcaire polie par un écoulement d'eau continuel venant du sommet et qui devait provenir d'une abondante étendue aqueuse. Le relent frais qui s'exhalait de la roche fit du bien aux adolescents qui commençaient à fatiguer de leur marche sous le lourd soleil de la mi-journée, la transpiration s'assécha vite et tous retrouvèrent un teint moins rouge.
Une longue fissure descendait de la moitié du mont, déchirant la pierre en un zigzag étrangement régulier, offrant à la vue du groupe, une large ouverture qui s'étendait à perte de vue dans les tréfonds de la roche: une grotte.
"S'il faut pénétrer en ces lieux, alors je me dévoue pour partir en éclaireur, nous ne pouvons nous permettre de tomber dans un piège ou autre embuscade tendus par un malotru ou bandit." annonça Allen en barrant la route aux autres, ses deux mains sur les pommeaux de ses sabres, menaçant, alors que l'Anglaise roulait des yeux dans un soupir désespéré.
Le roi s'avança d'un pas sûr vers le majordome et le repoussa sur le côté comme s'il n'avait été qu'un obstacle sur sa route, et s'enfonça dans les entrailles de la montagne. Il fut rapidement suivi par Lucas qui ne jeta pas un seul regard au manieur de sabres et par Suzanne qui, en passant, lui marcha de tout son poids sur le pieds, lui arrachant presque un cri de douleur mais le blessant surtout au cœur, pourquoi sa noblesse n'était-elle pas reconnue comme elle devrait l'être? Pourquoi le considérait-on seulement avec dédain?
C'était pourtant un guerrier émérite qui méritait plus de respect, il se sacrifiait de tout son être pour eux, et surtout pour elle, et jamais un merci ou un signe de reconnaissance... Le peuple noble avait tellement plus de classe que ces bouffons! Pourquoi Suzanne leur accordait plus d'importance?
Sans plus tergiverser en son fors intérieur, le noble s'engouffra à son tour dans les ténèbres glacials de la montagne.
Lucas, fidèle à lui même, avait encore une fois tout prévu et sortit de son sac à dos une petite lampe de poche, apparemment fabriquée par son père et qui avait une telle puissance que quiconque se trouvait au fond de la grotte se serait sûrement trouvé ébloui! On pouvait entendre de part et d'autres des petits clapotis de goutte d'eau tombant du plafond jusque dans les flaques s'étant formées au sol et que les adolescents avaient du mal à éviter dans la pénombre qui régnait derrière la lampe de poche, alors que Rey s'était lancé sans le moindre mal à l'assaut de la faille, ses yeux perçant l'obscurité comme s'il s'était trouvé en plein jour. Le faisceau de la lampe de Lucas projetait de magnifiques reflets sur la roche qui formait le boyau dans lequel ils avançaient, faisant paraitre du simple calcaire pareil à de l'or, émerveillant les regards des visiteurs Ank'hi.

"C'est magnifique... Je n'avais jamais rien vu de semblable..." Murmura Suzanne ravie de cette aventure.
"Pourtant nous avons de nombreuses grottes sur Terre semblables à celle-ci, tu n'es jamais sortie de chez toi?" Répondit le manieur d'armes à feu avec un semblant de cynisme.
"Non..." dit-elle simplement alors qu'Allen vit son visage s'assombrir, mais peut-être était-ce l'obscurité de la grotte qui faisait cela, il n'entendit pas les larmes tomber au milieu du tumultes des gouttes tombant du plafond naturel, des larmes de frustration sur ce qui n'avait pas pu être vécu et qui était maintenant perdu.

L'écho d'un appel les fit sursauter, et Allen manqua de glisser maladroitement dans une flaque dans un juron propre à son statut, presque classe à entendre, c'était Rey qui avait atteint ce qu'on pouvait appeler le fond du tunnel, laissant place à des murs encimentés, à un sol carrelé et dont le plafond était éclairé par des lustres de cristal flottant dans les airs sans le moindre fil les reliant à la paroi... Lucas éteignit sa lampe en observant les lieux intrigué:
"Regardez ça... Des meubles en acier, forgés par...des humains je suppose, mais c'est un travail de pro, ça doit valoir une vraie fortune. Pourtant, au vu de la poussière et des insectes qui ont élu domicile ici, personne n'y a touché depuis longtemps. Qui pourrait bien vivre ici de toute manière... Et là, des tableaux dont la valeur doit elle aussi excéder ce que n'importe qui pourrait imaginer en obtenir, et ils ne sont même pas pourris par l'humidité... Il y a quelque chose de vraiment étrange ici."
"Peut-être qu'on vient seulement de mettre ces horreurs sur les murs..." railla Suzanne dans une mimique de dégout pour bien montrer quelle était son avis quant à l'art de ce monde.
Allen ne disait rien, il inspectait les lieux à la recherche d'un danger dissimulé dans la pièce trop parfaite pour être vraiment accueillante.

"Je pense qu'on voulait justement détourner notre regard sur ces merveilles pour ne pas chercher à aller plus loin, expliqua le Canin en déposant Akiro sur un magnifique fauteuil de cuir dans lequel il cru se noyer tant il pouvait être moelleux, mais si le garçon n'est pas dans cette pièce c'est qu'il est passé par je ne sais quelle issue qu'il nous faut trouver à notre tour."
Les jeunes gens se mirent donc en quête d'une trappe secrète, d'une issue camouflée ou d'un mécanisme caché tandis que l'asiatique observa autour de lui après un quelconque indice du passage du garçon mystérieux qui l'avait aidé lors du combat contre Rey et ses hommes. Il n'y avait vraiment rien dans cette pièce qui aurait pu l'aider mis à part des meubles magnifiques qui attiraient sans cesse le regard de ses amis. Il se souvenait de sa maison du temps où il atteignait à peine le nombril de son père, si bien rangée par sa mère et décorée avec goût, mélangeant un style traditionnel et moderne qui apportait cette luminosité étrange dans le regard des gens qui entraient chez eux, la même que celle qui naissait dans les yeux de ses parents quand ils lui parlaient de la valeur de l'argent et aujourd'hui la même que celle dans les yeux de ses camarades. Une lueur joyeuse et sinistre à la fois, promesse de multiples bienfaits mais aussi d'actes terrifiants... La jalousie, la cupidité...
Il se redressa alors de son fauteuil et commença à caresser les tableaux hors de prix du bout de ses doigts fins, là aussi on pouvait sentir une fine couche de poussière, il s'attarda ensuite sur la commode en acier, et ouvrit les tiroirs un à un.
"Oh ça ne sert à rien, j'ai déjà regardé et il n'y a qu'un vieux livre." lui lança Allen en le voyant faire.
Persistant dans l'erreur, Akiro ouvrit les tiroirs et sortit le livre en question "traité sur l'influence des forces sur un corps", des sciences apparemment, comme celles que lui expliquaient sa petite sœur alors qu'il se trouvait dans le coma... Il sentit le chagrin poindre et secoua la tête, ce n'était pas le moment de se laisser emporter dans un nouvelle crise de larme, surtout pas maintenant! Curieux, il ouvrit le bouquin à la première page, de nombreuses lignes faites de mots compliqués s'empilaient les unes sur les autres, et ce sur toutes les pages... Il les fit défiler très rapidement devant lui, s'amusant de l'air poussiéreux qui s'en dégageait. Il fut surpris lorsqu'arrivé au milieu du bouquin, il vit un grand carré découpé au centre de toutes les autres pages, sauf sur la toute dernière page qui avait elle, une grand carré de métal aussi fin que le papier et tout aussi flexible, il l'effleura du bout de l'index... Le métal se mit à briller et un déclic résonna dans la pièce, le dessus du meuble d'acier se mit à vrombir et à bouger, glissant doucement de son support, révélant une petite entrée suffisamment grande pour que tous puisse y pénétrer.
"Bravo Akiro!" s'extasia Suzanne en tapant des mains joyeusement.
"Je me demande comment fonctionnait ce mécanisme..." souffla Lucas perplexe en prenant le livre des mains du faible garçon.
"Peu importe! Allons-y!" Clama Rey en attrapant Allen par les hanches et en le glissant dans le passage découvert, ressemblant fortement à un nouveau tunnel de calcaire, il fit de même avec le reste du groupe, terminant par Akiro puis par lui-même.
Allen avança en tête, arme à la main, suivi par Suzanne peu rassurée par le passage étroit dans lequel il s'était engagés, elle n'aimait vraiment mais vraiment pas être confinée!
Lucas avait dégainé son arme prêt à faire face, alors que derrière lui, avançait le jeune asiatique mal à l'aise poussé par le Canin.
"Laisse moi passer devant!" gémit la noble qui commençait à suffoquer de l'étroitesse des lieux...
"Pas question! Si un danger venait à se présenter..."
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'elle le poussait déjà au sol et se mit à courir à toute jambe dans le souterrain, s'éloignant de la lumière que lui offrait Lucas avec sa lampe, elle se retrouva confrontée à une intersection, celle de droite lui semblait s'élargir et elle s'y enfonça sans plus de réflexion suivie par le groupe qui tentait de tenir son rythme paniqué. Lucas et Rey se demandèrent au passage pourquoi ils s'étaient retrouvé avec des acolytes pareils...
Un bruit pareil à celui d'engrenage se mettant en marche commença à résonner dans le couloir, quelque chose se produisait et cela ne disait rien à Allen qui redoubla d'effort pour rattraper sa bien aimée qui s'arrêta subitement devant une grande salle éclairée par des lampes ressemblant aux néons de la Terre, au bout de laquelle se trouvait une grande porte de métal recouverte de tout un tas de rouages enchâssés les uns aux autres qui tournaient doucement dans divers sens. Mais l'engrenage n'agissait pas qu'en ce point des lieux et le noble le vit bien, une lourde barrière se détacha du plafond, juste au dessus de l'Anglaise inconsciente du danger mortel dont son majordome la sauva en se jetant sur elle, ils roulèrent pêle-mêle dans la grande pièce étrange alors que leurs compagnons se retrouvèrent prisonnier de l'autre coté des barreaux de métal. La porte aux engrenages s'ouvrit alors dans un crissement affreux, révélant aux yeux ahuris un énorme monstre de métal, une machine immense qui atteignait presque le haut plafond de la pièce, faite de diverses plaques de différents métaux cloutés les unes aux autres, lui donnant une forme presque humanoïde. Sa tête était faite d'un demi-sphère de cuivre ou d'or parfaitement opaque, les deux Anglais étaient trop surpris par cette chose pour se laisser aller à une observation détaillée du monstre.
"C'est quoi ce truc!?" s'exclama Suzanne toujours étalée par terre.
La machine n'attendit pas que les présentations soient faites et avança son bras puissant vers la jeune femme d'un geste rapide, simple, précis, et la noble ne put retenir un cri de terreur, totalement impuissante. C'était ce moment de faiblesse qu'avait attendu Allen, la vraie Suzanne à ses yeux, une femme frêle et fragile qui avait besoin d'être protégée, il se rua devant elle et fit bouclier de son corps que la main de métal saisit sans aucun mal malgré qu'il se débattit de tout son possible.
"Arh! Ce monstre mécanique est en train de me broyer les côtes!" pensa le garçon dans un rictus douloureux.
Sa protégée se redressa d'un bond et dégaina son sabre noir, puis fonça vers la créature pour lui asséner de nombreux coups de sa lame, ce qui n'eut pour effet que de lui faire quelques griffes inesthétiques... Elle tenta de bondir vers son majordome d'un bond mais la main se trouvait bien trop haut à présent! Dans un grondement de mécanismes rouillés, le corps métallisé pivota sur lui même et frappa l'un des murs de la salle du poing qui tenait l'humain qui manqua de peu de se faire broyer le crâne et qui s'en sortit un peu sonné.
"Allen!!" hurla Suzanne d'effroi.
Son cœur cessa de battre un court instant, craignant que son ami ne soit trop gravement blessé, qu'avait-elle fait?! C'était de sa faute s'il était là, et ce serait toujours de la sienne s'il venait à y laisser la vie! Pourquoi n'avait-elle pas pu se montrer plus gentille, plus douce comme on le lui avait demandé? ...maintenant elle ne pouvait que contempler sa faiblesse alors que l'être qui était peut-être toute sa vie allait finir en charpie.
Elle secoua la tête en se rendant compte qu'elle avait accepté l'importance du jeune noble pour elle... Elle ne pouvait pas laisser toute ces aventures finir ici! Elle avait rêvé de cette liberté, elle la défendrait ardemment, et jamais personne ne souffrirait par sa faute!
Un regain d'adrénaline la parcourut et son âme se fendilla... De la brèche sortit une vibration, un tremblement, non, c'était plus grand encore, comme...une armée de papillons. Qu'est-ce que c'était? Elle n'avait jamais rien ressenti de tel, un appel vers la liberté, vers la vie. Son regard se troubla sous le coup de cette terrible émotion qui l'envahissait, la pureté, l'innocence mais en même temps ce libre arbitre qui vous faisait pencher vers les pires tentations possibles, une parfaite harmonie.
Akiro vit Suzanne en proie à son changement intérieur, il connaissait ce regard, le même que le sien quand il avait comprit ses possibilités, il devait aider son amie et lui faire comprendre quoi faire pour libérer les papillons.
Il secoua la barrière d'acier en ouvrant la bouche mais aucun son ne voulut en sortir, son mutisme n'était pas encore guéri! Non! NON!! Il pouvait enfin montrer son utilité et sauver ses amis! Il ne devait pas les laisser.
"Su...za...." gémit-il dans un léger bégaiement.
Il y était presque, encore un effort! Il respira profondément, se concentra sur l'enjeu et ouvrit la bouche...son propre cri le surprit, les seuls mots qu'il sut prononcer sortirent comme un hurlement.

"Écoute les papillons Suzanne! Fais ce qu'ils te disent!"
Tout le monde sursauta, même la machine sembla entendre cet appel et se tourna vers le garçon, offrant un court sursis à ses victimes.
Évidemment, seule la jeune femme comprit ce message. Elle se remémora ce qu'avait dit le Chinois alors qu'ils étaient en route vers la grande ville, cette impression d'appel à la liberté, les papillons, elle était en train de le vivre... Son esprit se détacha de la raison et elle se laissa emporter dans ces battements d'ailes étranges qui grouillaient au fond d'elle même. Et elle comprit...ce n'était pas des papillons mais son instinct qui lui parlait, son instinct de survie!
Elle empoigna son sabre, et en retourna la lame contre elle, provoquant l'horreur chez les spectateurs de la scène, sauf chez Akiro. Elle regarda, tremblante et hésitante, l'enfant aux yeux d'océan.
"Tu es sûr?"
A peine eut-il hoché la tête qu'elle retrouva sa détermination, ferma les yeux et se transperça le cœur de son arme, le tranchant ressortit dans son dos, couvert de perle rouges, tombant en une pluie funeste... La bouche de la jeune femme s'ouvrit en un "O" étonné, sans même dire quoi que ce soit, et le corps gracieux s'effondra par terre, en même temps que tous les rêves et espoirs d'Allen qui se laissa aller à un cri terrifiant et douloureux.
Ses yeux s'embuèrent de larmes, brouillant sa vue d'une aura noire entourant le corps de son aimée, l'avalant dans des ténèbres inconnus, un léger courant d'air parcourut la pièce et la brume opaque disparut, laissant tomber une gigantesque panthère d'au moins un bon mètre de haut, aussi noire que la mort. Celle-ci tituba un instant, désorientée au possible, découvrant sa propre existence, sa propres forme. Ses esprit rassemblés, elle fixa Allen et poussa un terrible mugissement primal! D'une courte enjambée elle se retrouva au pied de l'énorme robot, mais au lieu de chercher à l'attaquer elle se contenta de rebondir dessus, pour reprendre appui sur le mur et s'élancer à la parfaite hauteur pour atteindre le noble anglais qui pleurait toujours la mort de sa protégée et arracher, à la stupéfaction générale, la main d'acier d'un seul coup de dent.

L'adolescent faillit s'écraser par terre mais le félin fut plus rapide et le rattrapa sur son dos. Ne comprenant pas ce qu'il se passait il se contenta d'agripper le pelage de l'animal pour ne pas tomber alors que ce dernier reprenait sa course pour éviter la chute de la main monstrueuse qui avait à peine été entamée par la morsure... C'était carrément impossible qu'elle ait pu se détacher simplement comme ça. Lucas qui avait vu cette attaque miraculeuse, comprit qu'il s'était agit d'un coup de chance du destin couplé à une morsure étonnamment puissante et à l'élan fabuleux de la panthère qui ne manquait pas de force... Une force peut-être trop importante pour une corps pareil, il devait y avoir quelque chose en plus.
L'animal tournait autour de la machinerie diabolique pour éviter ses coups de poing et de pied, plongeant parfois entre les pieds du monstre d'une impulsion sur ses pattes, ce jeu du chat et de la souris était impressionnant à voir car malgré son poids, la bête mécanique ne manquait pas de vivacité, et la panthère ne manquait pas de réflexe et encore moins d'agilité. Son corps, malgré le fait qu'il portait le jeune Anglais, réalisait des prouesses de souplesse et de rapidité. A un seul moment l'animal sembla rater un de ses sauts d'esquive, et le poing qui s'écrasa devant lui manqua d'un poil de lui broyer le corps, mais cela ne lui évita pas de s'écraser contre cette masse dur et de se renverser au sol avec son précieux bagage. Allen se redressa d'un bond et secoua la panthère pour lui faire retrouver ses esprits complètement paniqué par la menace aux rouages qui les menaçait d'un terrible coup de poing final. Heureusement l'animal sombre n'était qu’égratigné et se remit sur ses quatre pattes en moins de temps qu'il n'en fallut pour même le penser!
Le noble dégaina ses deux sabres et se remit en selle, expliquant à son partenaire qu'il leur faudrait approcher au maximum de la machine pour lui asséner ne serait-ce qu'un coup et tenter d'en venir à bout. La bête hocha la tête comme si elle avait compris, et Allen se rendit compte qu'il venait de parler à un animal et que celui lui avait répondu... Qu'importait la logique, il fallait profiter de sa chance de se venger de l'homme de métal!

La course reprit et la panthère slaloma à nouveau entre chaque coup qui pleuvait sur elle et son monteur, elle s'élança à une vitesse prodigieuse vers le mur et juste quand Allen crut qu'ils allaient s'écraser, l'animal fit quelques pas à la verticale et bondit en un salto arrière vers le monstre, ce qui surpris l'Anglais qui manqua de bien peu de tomber, s'accrochant comme un fou à sa monture à l'aide de ses jambes alors que ses mains entamaient leur danse mortelle. Le tranchant des lames s'enfonça dans le cuivre de la tête comme s'il avait été de beurre et le robot cessa aussitôt ses mouvements destructeurs, pour s'effondrer au sol alors que la panthère et Allen atterrissaient un peu plus loin pour admirer leur magnifique victoire sur la technologie! Le monstre ne bougeait plus, son crâne arborant une large fente ouverte sur un millier de composant de nature inconnue qui luisirent encore une demi seconde avant de mourir à tout jamais.
La panthère poussa un couinement satisfait et la couleur de sa peau sembla s'intensifier en une large brume qui, en disparaissant, laissa place à une Suzanne en parfait état, arme au poing.

"Suzanne! C'était toi cette chose!?" s'écria Allen effaré.
L'adolescente lui répondit en une claque sur la tête.
"Évidemment que c'était moi! Et je ne suis pas une chose!"
Elle avait les larmes aux yeux, mais cette fois-ci il s'agissait de larmes du bonheur d'avoir sauvé l'être aimé... Son ami lui sourit attendri alors qu'elle s'essuyait le visage avec vigueur pour finir par redonner une claque à son admirateur en laissant échapper un "crétin!" de frustration.
La grille qui les séparait du reste du groupe s'ouvrit enfin, leur permettant de se retrouver. Avant que quiconque ne parle, Suzanne expliqua clairement qu'elle ne parlerait pas de ce qu'il venait de se passer et que, oui, elle savait se transformer en panthère mais surtout qu'il fallait se presser d'atteindre leur objectif. Ravalant leurs questions, les autres membres du groupe se remirent en route après avoir vérifié les blessures d'Allen qui étaient surtout égratignures et une jolie bosse qui resterait enflée jusqu'au lendemain. La porte derrière laquelle s'était trouvé le golem mécanique menait sur une place immense faisant partie de la grotte au vue des murs en calcaire humide et des stalactites menaçante du plafond et au centre de laquelle se trouvait un coffre doré sur une stèle de roche formée naturellement.

Plus loin sur la gauche, une autre grande porte s'ouvrit sur un enfant aux cheveux noirs fort courts, il était seul et désarmé... Pourtant, Akiro et Rey le reconnurent d'un seul regard.
"Toi! Tu vas me payer ce que tu as fait à mes hommes!!" rugit le Canin en s'élança non sans avoir fait apparaitre sa lance.
Surpris, Gabriel n'eut pas le temps de sortir son arme et dû plonger entre les jambes de la bête furieuse, sa taille lui permettant ce genre de coup de poker, il réussit à rouler jusque derrière son ennemi qui fit aussitôt demi-tour pour lui courir après.
"Reviens et bats toi!" mugissait le Canin avec de l'écume aux lèvres.

A nouveau, le chasseur des rues terrestres plongea sa main dans un vide qui fit disparaitre jusqu'à son avant-bras pour ressortir son arme favorite: une épée à deux lames.
Les autres qui n'avaient pas encore compris ce qui était en train de se passer reconnurent l'arme dont il avait été question jusqu'alors et déduisirent le pourquoi de la réaction anormale du loup.

Gabriel fit face à son adversaire, faisant tournoyer son arme devant lui.
"Me suivre jusqu'ici... Ça c'est de la volonté..." persiffla-t-il dans un sourire provocateur.
"IL SUFFIT!!" Hurla Allen hors de lui en s'interposant, un sabre dirigé vers les deux adversaire qui stoppèrent net.
Alors que le Canin lui jetait un regard noir qui, s'il avait pu frapper, aurait explosé le crâne du noble, l'autre se contenta de faire disparaitre son arme, un air incrédule peint sur le visage.

"Nous avons vécu assez d'épreuves compliquées aujourd'hui! Nous ne sommes pas là pour nous provoquer en duel! Je suis affamé et il doit en être de même pour mes compagnons... Toi là! cingla l'Anglais en désignant Gabriel. Il nous a été dit que tu possédais les artefacts du roi, mais aussi que tu serais prêt à nous les donner... Alors si tu n'en as pas l'utilité, je te prierai d’obtempérer."
Un ange passa durant quelques secondes avant que chacun ne retrouve véritablement ses esprits et que Gabriel ne réponde.
"C'est pour ça que vous êtes venu alors..? C'est vrai que j'en ai pas vraiment besoin. Prenez les si ça peut vous faire plaisir, et surtout si vous me laissez tranquille."
Allen jeta un regard terrible qui défiait le Canin de dire quoi que ce soit mais il se contenta de pousser un grognement sourd de protestation, pourquoi un roi devait il écouter les ordres d'un Ank'hi?! Mais Akiro se pinça pour partager sa douleur avec Rey, finissant de le dissuader de faire quoi que ce soit.

Gabriel plongea ses mains dans un espace invisible et en ressorti une couronne d'argent et le couronne du Canin qui ouvrit des yeux ronds en la reconnaissant. Remarquant cette surprise, Gabriel ne se gêna pas pour lui faire remarquer son ignorance:
"Et oui! La couronne de Sa majesté n'était autre qu'une puissante relique, un des artefacts du roi! C'en est presque effrayant de savoir que les plus grands ne savent pas avec quoi ils jouent...."
"Comment savoir si ce sont vraiment les artefacts?" interrompit le noble.

"Je ne vois pas pourquoi je vous mentirais. Je n'ai que faire de ces objets, j'ai simplement besoin de les toucher une fois. Ne cherchez pas à comprendre... Ce qui compte c'est que vous récupériez les artefacts et que nous ne soyons pas rivaux."
Lucas rangea les précieux objets dans son sac après les avoir manipulés quelques instants pour essayer d'en comprendre la nature et l'utilité sans succès.
"J'étais venu ici car un autre artefact était apparemment caché ici et je suppose que j'ai raison au vu de ce coffre au milieu de cette pièce surprotégée..." expliqua le garçon des rues en pointant du doigt la stèle au centre des lieux.
Tous s'avancèrent alors vers cet objet tant convoité... Ils avaient déjà obtenu deux artefacts et allaient en obtenir un troisième, c'était trop facile! Ils allaient pouvoir réaliser leur souhait en moins de temps qu'ils n'auraient pu le croire.
Mais la première chose qui atteint le coffre fut un petit animal sombre, aux yeux luisants dans la grotte, se tenant sur deux pattes, un singe s'était assis sur la contenant de métal et fixait les jeunes gens avec intérêt. Et avant que quiconque ne fasse un geste il ouvrit la boite et se saisit de la couronne de diamants qui se trouvait à l'intérieur, son reflet magnifique fit que Gabriel se ressaisit et se jeta sur l'animal.
"Mais...Suzanne..tu peux te changer en singe aussi?" demanda Allen au primate.
La vraie Suzanne frappa son majordome au tibia d'un coup de pied.

"Abruti! Je me transforme en panthère! Et je suis juste derrière toi!"
A la seconde où le garçon aux cheveux noirs se saisit du primate et toucha la couronne, le temps s'arrêta un court instant, déployant une vague d'énergie immense aux alentours, parcourant chaque être vivant d'un frisson glacé. Puis le singe se dégagea de l'emprise de l'adolescent et s'enfuit en hâte vers la sortie, trop rapidement pour que même Suzanne sous sa forme de panthère ne puisse le rattraper.
"Et merde! C'était quoi ça!?" Beugla justement cette dernière.
Gabriel qui avait remplit sa mission personnelle lui répondit en fixant la porte par laquelle était sorti le primate.
"Un singe... Un singe très étrange..."
Lucas rappela tout le monde à l'ordre:
"Bon! Ne trainons pas, on a une infime chance de retrouver cet animal et donc l'artefact! Courez!"


***

Le singe sortit de la grotte à toute vitesse, courut plus haut dans la montagne en esquivant les autres créatures qui formaient la faune de cet endroit et se jeta dans le vide. Une forte lumière jaillit alors de sa bouche, et les poils de l'animal s'épaissirent, s’aplatirent pour se changer en de magnifiques plumes colorées... La couronnes auparavant maintenue fermement par une patte de primate se retrouva coincée entre les serres d'un volatile. Sous sa nouvelle forme de perroquet, Yan se réjouit du pouvoir que lui conférait l'anneau qui lui avait été confié, prendre n'importe quelle apparence était riche en expériences... Approchant d'un arbre, il cracha le bijou enchanté qui brilla de nouveau alors qu'il reprenait sa forme humaine pour s'accrocher à l'arbre.
Il contempla la couronne aux diamants, premier artefact d'une, il en était sûr, longue lignée qui mènerait ce monde vers un avenir sûr et bon, mais surtout, vers un avenir.
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